Lorsqu’un propriétaire ne parvient plus à payer normalement son crédit immobilier, le premier danger n’est pas toujours la dette elle-même. Ce sont parfois les décisions prises dans l’urgence — ou, à l’inverse, l’absence de décision — qui finissent par rendre la situation beaucoup plus difficile.
Chez Urgences Immobilières, nous rencontrons régulièrement des propriétaires qui disposaient encore de plusieurs mois pour agir, mais qui ont attendu, espéré une amélioration, maintenu un prix de vente trop élevé ou engagé une commercialisation beaucoup trop longue.
Le surendettement n’est pas une fatalité. Mais lorsqu’un bien immobilier est concerné, le temps disponible pour agir devient souvent l’un des éléments déterminants du dossier.
Ce que dit la Cour de cassation depuis le 22 mai 2025
La Cour de cassation, dans deux arrêts rendus le 22 mai 2025, a posé une règle importante pour les propriétaires en situation de surendettement.
Lorsqu’un effacement partiel des créances est envisagé, celui-ci doit en principe être subordonné à la vente préalable du bien immobilier appartenant au débiteur, y compris lorsqu’il s’agit de sa résidence principale.
Une exception existe lorsque le bien constitue la résidence principale et que le débiteur démontre qu’il serait, compte tenu de sa situation personnelle et professionnelle, manifestement dans l’impossibilité de supporter le coût d’un relogement, sous réserve que sa situation ne soit pas irrémédiablement compromise.
Un propriétaire surendetté ne doit donc pas partir du principe qu’il pourra nécessairement conserver sa résidence principale tout en bénéficiant d’un effacement d’une partie de ses dettes.
Références : Cour de cassation, 2e chambre civile, 22 mai 2025, pourvois n° 23-10.900 et n° 23-12.659, publiés au Bulletin.
Pourquoi ces décisions changent la manière d’aborder un dossier immobilier
Ces décisions rappellent que lorsqu’un propriétaire dispose d’un patrimoine immobilier, sa valeur doit être prise en compte dans le traitement de son endettement. Attendre en espérant conserver le bien à tout prix peut faire perdre des mois précieux. Une vente volontaire préparée suffisamment tôt peut, au contraire, permettre de conserver davantage de maîtrise sur le prix, le calendrier et les conditions du relogement.
1. Arrêter de payer son crédit immobilier et attendre
Une baisse brutale des revenus, une séparation, un accident de la vie ou des difficultés professionnelles peuvent rendre impossible le remboursement normal d’un crédit immobilier. L’erreur est de laisser les impayés s’installer sans mesurer immédiatement leurs conséquences. Il faut rapidement connaître le capital restant dû, les mensualités impayées, les autres dettes, les garanties, les procédures éventuellement engagées et la valeur réelle du patrimoine.
2. Laisser la dette et les frais évoluer
Le temps n’est pas neutre. Selon le contrat, la nature des créances et l’avancement des procédures, intérêts, frais ou coûts de procédure peuvent venir s’ajouter. Lorsque le bien immobilier représente l’essentiel du patrimoine, chaque mois perdu peut réduire la marge permettant de construire une solution maîtrisée.
3. Ne pas étudier suffisamment tôt les solutions de surendettement
Lorsque les difficultés deviennent durables, il est important d’étudier les solutions existantes et, lorsque les conditions sont réunies, la possibilité de déposer un dossier auprès de la Banque de France.
L’article L.711-1 du Code de la consommation prévoit que le bénéfice des mesures de traitement du surendettement est ouvert aux personnes physiques de bonne foi. Le fait d’être propriétaire de sa résidence principale ne fait pas, à lui seul, obstacle à la caractérisation du surendettement.
La bonne foi : une notion essentielle
La procédure ne doit pas être envisagée comme une simple stratégie destinée à repousser une échéance, gagner plusieurs mois ou différer indéfiniment une décision devenue nécessaire. Lorsqu’un moratoire ou un délai est accordé, ce temps doit servir à construire une solution.
La protection offerte par le surendettement donne du temps pour rechercher une solution. Elle ne doit pas devenir un moyen de gagner du temps sans rechercher de solution.
L’article L.761-1 du Code de la consommation prévoit par ailleurs des conséquences pour certains comportements, notamment les fausses déclarations, la dissimulation de biens et, dans les conditions prévues par le texte, certains actes aggravant l’endettement.
4. Attendre la saisie immobilière avant d’envisager la vente
Vendre volontairement avec plusieurs mois devant soi et vendre sous la pression d’une procédure ne sont pas deux ventes comparables. Tant que le propriétaire dispose de temps, il peut faire évaluer son bien, préparer sa commercialisation, sélectionner des acquéreurs solvables, négocier et organiser son relogement. Lorsque l’échéance judiciaire se rapproche, chaque semaine devient importante.
5. Fixer un prix irréaliste parce que l’on a besoin d’argent
Le marché immobilier ne fixe pas le prix d’une maison en fonction du montant des dettes du vendeur. Commencer trop haut, attendre plusieurs mois puis procéder à des baisses successives peut finir par consommer une grande partie du temps disponible.
Un prix réaliste ne signifie pas brader un patrimoine. Il signifie rechercher le meilleur prix réellement compatible avec le marché et avec le délai disponible.
6. Croire que mettre son bien en vente suffit à arrêter le problème
Publier une annonce immobilière ne suspend pas automatiquement une dette. Une mise en vente n’est pas une vente et une offre d’achat n’est pas davantage un acte authentique signé chez le notaire. Commercialisation, négociation, contrôle de la solvabilité, avant-contrat, conditions suspensives, financement et signature définitive nécessitent du temps.
7. Pourquoi la vente longue est à proscrire en situation de surendettement
La vente longue peut sembler rassurante. Dans une situation financière normale, un vendeur peut parfois décider d’attendre. Dans une situation de surendettement, le raisonnement est différent : le temps fait partie du problème.
Une stratégie consistant à commencer avec un prix élevé, attendre, baisser progressivement et prolonger la commercialisation peut absorber une grande partie du délai accordé.
Le propriétaire peut alors arriver au terme du moratoire avec :
- aucun acquéreur définitivement engagé ;
- aucune vente signée ;
- des délais notariaux restant à courir ;
- des créanciers toujours en attente ;
- aucune solution de relogement suffisamment préparée ;
- une situation financière susceptible d’être réexaminée, avec des conséquences possibles sur sa capacité de remboursement et sur le montant des mensualités mises à sa charge dans le traitement de son surendettement.
Une vente qui s’éternise peut avoir des conséquences au-delà de la vente elle-même
L’article L.731-1 du Code de la consommation prévoit que le montant des remboursements est fixé par référence à la quotité saisissable, tout en réservant prioritairement au ménage la part de ses ressources nécessaire à ses dépenses courantes. L’article L.731-2 précise que cette part intègre notamment les dépenses de logement.
Une vente qui s’éternise peut donc avoir des conséquences qui dépassent le seul calendrier immobilier. L’évolution de la situation du débiteur peut avoir une incidence sur l’appréciation de sa capacité de remboursement et, selon les circonstances du dossier, sur le montant des mensualités mises à sa charge.
C’est une raison supplémentaire pour laquelle, lorsque la vente est devenue nécessaire et que le calendrier est contraint, la vente longue est à proscrire.
Le bon objectif n’est pas de vendre le plus vite possible à n’importe quel prix. Il est de vendre au meilleur prix réaliste dans un délai maîtrisé.
8. Ne pas préparer suffisamment tôt son relogement
La question du relogement ne doit pas apparaître le jour où une offre sérieuse est acceptée. Budget, loyer supportable, secteur géographique et délais doivent être anticipés. La jurisprudence du 22 mai 2025 donne une importance particulière à la question du coût du relogement dans certaines situations.
9. Croire qu’un nouveau dossier permettra toujours de repousser le problème
Il faut éviter de considérer qu’à l’expiration d’un délai ou d’un moratoire, une nouvelle démarche permettra nécessairement d’obtenir encore du temps. La bonne foi demeure au cœur du dispositif. Lorsqu’un bien doit être vendu pour contribuer au traitement de l’endettement, le temps accordé doit être utilisé pour avancer réellement vers cette solution.
10. Attendre que l’urgence ne laisse plus aucune marge de manœuvre
C’est le point commun de nombreux dossiers difficiles : les propriétaires ont attendu. Au début, plusieurs solutions pouvaient encore être étudiées. Puis les mois passent, les échéances se rapprochent, les dettes peuvent évoluer, les procédures avancent et les possibilités se réduisent.
Intervenir avant que l’urgence ne devienne une saisie
Le surendettement immobilier ne doit pas être abordé uniquement comme un problème bancaire. Lorsqu’un propriétaire possède un bien immobilier, la dette, la valeur réelle du patrimoine et le temps disponible doivent être regardés ensemble. Lorsqu’il s’agit de la résidence principale, il faut également anticiper l’après.
Chez Urgences Immobilières, nous analysons la situation immobilière, la valeur réelle du bien et le calendrier disponible. Lorsque la vente constitue la solution retenue, l’objectif est de mettre en œuvre une stratégie compatible avec l’urgence du dossier : prix réaliste, recherche d’acquéreurs solvables, maîtrise du calendrier et anticipation de la sortie.
Le surendettement n’est pas une fatalité
Agir suffisamment tôt permet encore d’étudier les différentes possibilités, d’obtenir une vision réaliste de la valeur du patrimoine et, lorsqu’une vente est nécessaire, de l’organiser avant que les contraintes ne deviennent trop importantes.
La jurisprudence récente de la Cour de cassation rappelle que la question du patrimoine immobilier ne peut pas être laissée pour la fin du dossier. La bonne foi impose une démarche cohérente. Le prix doit correspondre au marché. Le relogement doit être anticipé. Et lorsqu’un délai existe, il doit être utilisé pour agir.
La première richesse à protéger est souvent le temps dont on dispose encore pour agir.
Points clés
- Depuis les décisions de la Cour de cassation du 22 mai 2025, le devenir du patrimoine immobilier doit être étudié très tôt.
- La bonne foi constitue une condition essentielle de la procédure.
- Un moratoire doit être utilisé pour construire une solution.
- Attendre une saisie réduit la maîtrise du calendrier.
- Un prix irréaliste peut faire perdre plusieurs mois essentiels.
- La vente longue est à proscrire lorsque la situation impose de maîtriser le délai.
- Une vente qui s’éternise peut avoir des conséquences sur l’équilibre financier du dossier et la capacité de remboursement.
- Le relogement doit être préparé suffisamment tôt.
- Plus le dossier est étudié tôt, plus le propriétaire conserve de possibilités pour agir.
